Mozambique, le sable blanc de l’océan Indien
Des dunes de Bazaruto aux requins-baleines de Tofo et à la ville de corail d’Ilha de Moçambique : 2 500 kilomètres de côte, racontés plage après plage.

La première chose que l’on remarque, c’est le sable. Il est blanc, fin comme de la farine, et il crisse sous les pieds au point de chanter. La deuxième, c’est la marée : elle se retire sur des centaines de mètres et laisse derrière elle des bancs blonds, des flaques turquoise et des boutres échoués, la voile pliée, en attendant que l’eau revienne. La troisième, c’est qu’il n’y a presque personne. Le Mozambique possède 2 500 kilomètres de côte sur l’océan Indien, et une poignée de lieux seulement où l’on vient de loin pour s’y baigner.
Ce carnet les parcourt du nord au sud, en commençant par le plus célèbre, l’archipel de Bazaruto et sa ville-porte de Vilankulo, puis Tofo et ses géants du large, Ilha de Moçambique et sa chapelle de 1522, et Ponta do Ouro, tout en bas, à un pas de l’Afrique du Sud. Il dit aussi quand partir, et quelle partie du pays laisser aux conseils officiels.
Une côte de 2 500 kilomètres
De la frontière tanzanienne, au nord, à Ponta do Ouro, au sud, le Mozambique longe le canal qui porte son nom et que Madagascar ferme à l’est. C’est une côte de dunes, de lagunes et de mangroves, découpée par les estuaires du Zambèze, du Save et du Limpopo, et semée d’îles de sable que les courants ont déposées là où le plateau continental est le moins profond.
Le sable blanc vient du corail et du quartz broyés par l’océan ; l’eau est chaude toute l’année, entre 24 et 29 degrés, et claire dès que l’on s’éloigne des embouchures. Les boutres, ces voiliers à coque de bois et voile latine hérités des navigateurs arabes et swahilis, servent encore à pêcher et à passer d’une île à l’autre.
Trois siècles de présence portugaise, un millénaire de commerce avec l’Arabie, la Perse et l’Inde, les royaumes de l’intérieur : la côte a tout mélangé, dans la langue, le portugais, dans la cuisine, les épices et la noix de coco, dans la pierre, les forteresses et les mosquées. On le sent à Inhambane comme à Ilha de Moçambique.
Vilankulo et l’archipel de Bazaruto
Vilankulo est une petite ville de la province d’Inhambane, à sept cents kilomètres de Maputo, avec un aéroport, une rue principale, un marché aux poissons et une plage d’où l’on voit, à l’horizon, une ligne de dunes qui semble flotter : l’archipel de Bazaruto. On y va en boutre, en une heure ou deux selon le vent, ou en vedette.
Le parc national de Bazaruto, créé le 25 mai 1971, protège cinq îles et la mer qui les entoure. Bazaruto, la plus grande, est une île de dunes hautes et de lacs d’eau douce ; Benguerra, sa voisine, cache des lacs où vivent des crocodiles ; Magaruque et Bangué sont des bancs de sable boisés ; Santa Carolina, l’« île Paradis », garde les ruines d’un hôtel des années cinquante. Sur le récif de Two Mile Reef, entre Bazaruto et Benguerra, on nage au milieu des poissons-perroquets et des tortues.
L’archipel abrite une population de dugongs, ces grands mammifères marins herbivores que l’on confond avec les lamantins : quelque cent vingt individus, la plus importante qui subsiste au Mozambique et l’une des dernières de l’Afrique de l’Est. On les aperçoit parfois depuis un bateau, dos gris affleurant dans les herbiers. Ils sont la raison d’être du parc, et sa fragilité.

Tofo, les géants du large
Tofo est un village de pêcheurs devenu, en vingt ans, l’un des grands rendez-vous de la plongée en Afrique australe. La raison est au large : les eaux riches en plancton de la côte d’Inhambane attirent toute l’année des requins-baleines, les plus grands poissons du monde, et des raies manta par dizaines. Une fondation de biologistes s’y est installée pour les étudier ; les sorties en mer se font avec eux ou avec les centres de plongée du village, et l’on nage avec un requin-baleine en palmes, masque et tuba, à distance respectueuse, en silence.
De juillet à octobre, les baleines à bosse remontent la côte avec leurs petits, et on les voit sauter depuis la plage. Le reste du temps, Tofo est une baie en demi-lune, des dunes couvertes de buissons, des surfeurs le matin, un marché où l’on vend des beignets et des tissus capulana aux couleurs vives.
À vingt-deux kilomètres, Inhambane est l’une des plus vieilles villes du pays : un comptoir où Vasco de Gama fit escale en 1498 et qu’il nomma « terre des bonnes gens ». La ville a gardé ses avenues bordées d’arbres, sa cathédrale, son ancienne mosquée, son marché central et sa jetée face à la baie, où le ferry pour Maxixe fait l’aller-retour au rythme des marées. C’est l’endroit où l’on se pose un après-midi, loin de la plage, pour comprendre la province.
Ilha de Moçambique, la ville de corail
Au nord, dans la province de Nampula, une île de trois kilomètres de long est reliée au continent par un pont étroit, presque aussi long qu’elle. C’est Ilha de Moçambique, qui a donné son nom au pays. Capitale de l’Afrique orientale portugaise jusqu’en 1898, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1991, elle se divise en deux : la ville de pierre, au nord, avec ses palais, ses églises et ses maisons de corail aux façades pastel, et la ville de macuti, au sud, aux toits de palme, où vit l’essentiel de la population.
Sur la pointe, le fort São Sebastião est l’une des plus grandes forteresses portugaises d’Afrique, et dans son ombre se tient la chapelle de Nossa Senhora de Baluarte, bâtie en 1522 : le plus ancien édifice européen de tout l’hémisphère sud, une petite nef manuéline face à l’océan. Le palais de São Paulo, ancienne résidence des gouverneurs, est devenu un musée aux meubles indo-portugais.
Ilha se parcourt à pied en une heure et se comprend en trois jours : marchés, dhows, enfants qui plongent du quai, pêcheurs qui réparent leurs filets sur la plage de la ville de macuti, et le soir, le silence. C’est le lieu le plus émouvant de la côte, et le moins facile d’accès : on y vient par l’aéroport de Nampula, puis trois heures de route.

Ponta do Ouro, tout au sud
À l’extrême sud, à quinze kilomètres de la frontière sud-africaine, Ponta do Ouro est la plage des week-ends de Maputo et de Johannesburg : une longue courbe de sable blond entre des dunes boisées, un village de maisons basses, et une mer où l’on plonge sur des récifs profonds. Les dauphins y résident toute l’année, et des sorties encadrées permettent de les observer dans l’eau selon des règles strictes.
La route depuis Maputo est récente : depuis l’ouverture du pont de Katembe, en 2018, le plus long pont suspendu d’Afrique, Ponta se rejoint en une heure et demie au lieu d’une journée de piste. Sur le chemin, le parc national de Maputo, où les éléphants descendent jusqu’aux dunes, réunit en une seule réserve la savane, les lacs et la côte.
Ponta a la simplicité des stations balnéaires du bout du monde : pas de grands hôtels, des lodges dans les dunes, un marché où l’on achète le pain et les fruits, des bars de plage, et des plongeurs qui comparent leurs journées le soir. C’est la porte d’entrée la plus facile sur la côte mozambicaine, et un bon point de départ vers le nord.

À table : matapa, crevettes et noix de coco
La cuisine de la côte tient en trois ingrédients : la noix de coco, le piment et ce que la mer donne. Le plat national est la matapa, des feuilles de manioc pilées puis mijotées dans du lait de coco avec des cacahuètes, de l’ail et souvent du crabe ou des crevettes, servies sur du riz. Les crevettes grillées au piri-piri, la sauce au piment héritée des Portugais, ont fait la réputation de Maputo bien au-delà du pays.
Le poisson se mange grillé sur la braise, entier, avec du riz à la noix de coco ou de la xima, la bouillie de maïs. Les langoustes, les calamars et les huîtres de mangrove complètent la table selon la saison et l’endroit. Et partout, les noix de cajou, dont le Mozambique est un grand producteur, grillées et salées en cornets de papier.
On boit de la bière, du jus de baobab, et le matin, au marché, du thé très sucré avec des beignets frits. Dans les villages de la côte, le repas se prend tard, après le retour des bateaux, et il se partage.
Quand partir, et où ne pas aller
La saison sèche, de mai à octobre, est la meilleure : l’air est doux, le ciel clair, la mer visible à vingt mètres de profondeur, et les baleines passent de juillet à octobre. De novembre à avril, il fait chaud et humide, la pluie tombe en averses, et de janvier à mars la côte peut être frappée par des cyclones : c’est la période à éviter pour les îles.
On arrive par Maputo, puis par des vols intérieurs vers Vilankulo, Inhambane ou Nampula ; les distances par la route sont longues et les pistes des îles demandent un véhicule tout-terrain. Le paludisme est présent sur toute la côte : la prévention se prépare avant le départ.
Le nord du pays, la province de Cabo Delgado et les îles Quirimbas qui en dépendent, vit depuis 2017 une insurrection armée. Les autorités déconseillent tout ou partie de ces zones selon les périodes. Ce carnet s’arrête donc à Ilha de Moçambique ; notre guide Mozambique porte les conseils officiels à jour, les formalités et la santé.
Sources · 11
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