Lesotho

Lesotho, le royaume dans le ciel

Un pays entier au-dessus de 1 400 mètres, un col à franchir en 4x4, une chute de 192 mètres, des bergers en couverture et des chevaux pour tout chemin : le carnet d’un royaume enclavé.

The 192 m high Maletsunyane Falls, found near the village of Semonkong, in the Country of Lesotho.
Chutes de Maletsunyane

Le Lesotho commence par un pont. On quitte l’Afrique du Sud à Maseru Bridge, on fait tamponner son passeport, et la route monte presque aussitôt. Elle ne redescendra plus : le Lesotho est le seul pays du monde entièrement situé au-dessus de 1 000 mètres, et son point le plus bas, à 1 400 mètres, est le plus haut « point le plus bas » de toute la planète. Les gens d’ici l’appellent le royaume dans le ciel, et ce n’est pas une formule de brochure.

C’est un pays de bergers enveloppés dans des couvertures de laine, de chevaux sur des sentiers de crête, de villages de huttes rondes posés sur des pentes vertigineuses, de neige en juillet et d’orages en janvier. Ce carnet le traverse d’est en ouest : le col de Sani, la chute de Maletsunyane, les vallées à cheval, la montagne où le royaume est né, les barrages qui font boire Johannesburg, et la table, simple et chaude, des hauts plateaux.

Un pays au-dessus des nuages

Le Lesotho est une enclave, entièrement entouré par l’Afrique du Sud, et c’est la plus grande du monde dans ce cas. Ses 30 000 kilomètres carrés se divisent en deux : à l’ouest, les basses terres de grès, autour de Maseru, où vit la majorité des deux millions d’habitants ; à l’est, les hautes terres de basalte des Maloti, qui montent jusqu’au Thabana Ntlenyana, 3 482 mètres, le plus haut sommet d’Afrique australe.

Le peuple est un : les Basotho, qui parlent le sesotho et forment plus de 99 % de la population, ce qui fait du Lesotho l’un des pays les plus homogènes au monde. Leur tenue est devenue le symbole du pays : la couverture de laine aux motifs géométriques, portée épinglée sur l’épaule par les hommes comme par les femmes, et le mokorotlo, le chapeau conique de paille tressée qui figure sur le drapeau et dont la forme s’inspire du mont Qiloane.

Sur les routes, on croise des bergers de quinze ans en bottes de caoutchouc et cagoule, un bâton à la main, qui mènent moutons et chèvres angora vers les pâturages d’altitude, et des cavaliers au pas, couverture au vent. Il n’y a pas d’autre façon d’aller d’un village à l’autre dans les montagnes : la route s’arrête, le sentier continue.

Le col de Sani

L’entrée la plus spectaculaire se fait par l’est, depuis le KwaZulu-Natal. La piste du col de Sani part de 1 544 mètres, près d’Underberg, et grimpe de 1 332 mètres en lacets serrés, entre des falaises de basalte, jusqu’à 2 876 mètres. Un 4x4 est exigé par les douaniers sud-africains en bas ; la frontière du Lesotho est tout en haut, et le poste y est l’un des plus hauts du monde.

La dernière rampe s’appelle à juste titre les virages en épingle, et l’on y monte en première, portière ouverte sur le vide. Au sommet, le plateau s’ouvre d’un coup : une steppe d’herbe jaune, des huttes de pierre, un vent qui ne s’arrête jamais, et un lodge dont le bar revendique le titre de plus haut pub d’Afrique. On y boit un thé ou une bière en regardant le Natal, deux kilomètres plus bas.

De Sani Top, le Thabana Ntlenyana se gravit à la journée, sans difficulté technique mais avec du souffle : c’est une longue marche sur des croupes d’herbe jusqu’à un cairn, et l’on domine alors tout le sud de l’Afrique. La route continue vers Mokhotlong, « le lieu de l’ibis chauve », première ville du Lesotho de ce côté, puis vers l’ouest par les cols des Maloti.

Sani Pass Lesotho 3
Col de Sani

Semonkong et la chute de Maletsunyane

Semonkong signifie « le lieu de la fumée », et la fumée, c’est l’embrun de la Maletsunyane : une rivière qui saute d’une corniche de basalte et tombe de 192 mètres d’un seul jet dans une gorge ronde, avec un grondement que les habitants attribuaient aux pleurs des noyés. C’est l’une des plus hautes chutes d’un seul tenant d’Afrique australe, et l’on s’en approche à pied ou à cheval depuis le village, en une heure.

On arrive par le haut, au bord du gouffre, et c’est là que les plus hardis descendent : le lodge de Semonkong y a installé la plus longue descente en rappel commerciale du monde, 204 mètres le long de la paroi, à côté de la chute, inscrite au Livre Guinness des records. Les autres regardent, allongés sur la roche, le rideau d’eau se défaire en gouttelettes dans la lumière.

Semonkong lui-même est un bourg de montagne à 2 275 mètres, fondé dans les années 1880 par des Basotho chassés par la guerre des Fusils, où l’on arrive encore à cheval pour faire ses courses et où les ânes attendent devant les boutiques. En hiver, il y neige ; le soir, dans les lodges, le feu de bois est allumé dès septembre.

À cheval dans les Maloti

Le cheval est au Lesotho ce que la pirogue est au fleuve : le moyen de transport naturel. Les chevaux du pays, que l’on appelle poneys basotho, sont petits, sûrs de pied et patients ; on les monte sans être cavalier, au pas, sur des sentiers qui longent des précipices, pendant deux heures ou cinq jours. Les villages de Malealea, au sud-ouest de Maseru, et de Semonkong en ont fait une spécialité, avec des guides et des nuits dans les villages.

Les randonnées mènent vers des chutes, Ribaneng, Ketane, vers des abris sous roche peints par les San il y a des siècles, antilopes et silhouettes ocre, et vers des cols aux noms de légende, comme les Portes du Paradis, au-dessus de Malealea, d’où la vallée du Makhaleng s’ouvre tout entière. On dort chez l’habitant, dans une hutte de pierre au toit de chaume, on mange ce que la famille mange, et l’on entend le soir des chants et l’accordéon du famo, la musique des bergers.

Tout au sud-est, le parc national de Sehlabathebe, créé en 1969, est le plus ancien du pays et fait partie, depuis 2013, du site Maloti-Drakensberg inscrit au patrimoine mondial : des prairies d’altitude, des arches de grès, des lacs de montagne et des peintures rupestres, à la frontière de l’Afrique du Sud. On y va en 4x4 ou à cheval, et l’on y est souvent seul.

Lesotho Landscape

Thaba-Bosiu, la montagne où le royaume est né

Le Lesotho a un acte de naissance, et c’est une montagne. Thaba-Bosiu, « la montagne de la nuit », est un plateau de grès de deux kilomètres carrés, à 1 804 mètres, à vingt-quatre kilomètres à l’est de Maseru. En 1824, Moshoeshoe, chef d’un petit clan, y installe son peuple pour échapper aux guerres qui ravagent la région. La légende dit que la montagne grandit la nuit pour décourager les assaillants ; l’histoire dit qu’elle ne fut jamais prise.

Depuis ce rocher, Moshoeshoe Ier a rassemblé des réfugiés de toutes origines, négocié avec les Zoulous, les Boers et les Britanniques, accueilli en 1833 les missionnaires protestants français qui fondèrent Morija et donnèrent au sesotho son écriture, et placé en 1868 son pays sous protection britannique pour éviter d’être avalé par les colons. Il meurt en 1870 ; le royaume qu’il a fondé devient indépendant en 1966, et la monarchie en est toujours la clé de voûte.

On monte à Thaba-Bosiu à pied, en une demi-heure, avec un guide : les ruines du village royal, les tombes des rois, et, en face, le mont Qiloane, le cône qui a donné sa forme au chapeau national. À Morija, à trente-cinq kilomètres au sud, le musée et les archives racontent cette histoire, et l’on voit encore l’imprimerie de la mission, la plus ancienne du pays.

The circle River
Semonkong

L’eau du royaume : Katse et les cols

Le Lesotho n’a qu’une richesse naturelle, et c’est l’eau. Le projet hydraulique des Hautes Terres, mené avec l’Afrique du Sud depuis les années 1980, est le plus grand transfert d’eau d’Afrique : des barrages et des tunnels qui envoient les rivières des Maloti vers le Vaal et les robinets de Johannesburg, en échange de redevances et d’électricité. Le barrage de Katse en est le cœur : une voûte de béton de 185 mètres de haut, à 1 993 mètres d’altitude, le plus haut barrage d’Afrique par son emplacement.

La route qui y mène, depuis Hlotse, passe le col de Mafika-Lisiu à plus de 3 000 mètres, et c’est l’une des plus belles du pays : des lacets au-dessus des vallées, des villages suspendus, puis le lac de retenue qui s’enfonce entre les montagnes sur des dizaines de kilomètres. Le barrage se visite, jusque dans ses galeries.

Plus au nord, près de la frontière, Afriski est l’une des deux seules stations de ski d’Afrique australe : une piste à 3 050 mètres, sous le col de Mahlasela, enneigée de juin à août, avec des canons pour compléter la nature. Skier en Afrique, au milieu des bergers et des moutons, est une expérience que peu de voyageurs imaginent avant d’avoir vu le Lesotho.

À table, et le bon moment pour venir

La cuisine des hauts plateaux est celle des bergers et des champs : le papa, bouillie de maïs ferme que l’on mange avec les doigts, le moroho, des légumes verts sautés, le nama, viande de mouton ou de bœuf mijotée, et les makoenya, beignets frits vendus sur les marchés et au bord des routes. On boit le motoho, une boisson fermentée au sorgho, légèrement acide, et le joala, la bière de sorgho des villages, servie dans des seaux de plastique lors des fêtes.

On arrive par Maseru, dont l’aéroport est relié à Johannesburg, ou par la route depuis Bloemfontein, Ladybrand ou le Natal ; les postes-frontières sont nombreux et le passage simple avec un passeport. Un 4x4 est indispensable pour Sani et pour les pistes de l’est ; les routes principales, Maseru-Katse, Maseru-Semonkong, sont goudronnées.

L’été, d’octobre à avril, est vert et orageux : des orages de grêle violents éclatent l’après-midi, et les rivières montent vite. L’hiver, de mai à septembre, est sec, lumineux et froid, avec de la neige en altitude et des nuits bien en dessous de zéro. Les deux saisons valent le voyage, pour des raisons opposées. Notre guide Lesotho porte les formalités, la santé et les conseils officiels à jour.

Sources · 12
  1. en.wikipedia.org
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  11. whc.unesco.org
  12. www.diplomatie.gouv.fr

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