Guinée équatoriale, l’île-volcan et la forêt
Le seul pays hispanophone d’Afrique : un volcan de 3 000 mètres au-dessus de Malabo, des plages où pondent quatre espèces de tortues, une forêt à grenouilles géantes et une île perdue dans l’hémisphère Sud.

On s’attend à l’Afrique centrale, et l’on entend « buenos días ». La Guinée équatoriale est le seul pays du continent dont la langue officielle est l’espagnol, héritage d’une colonisation qui s’est achevée en 1968, et cela se voit partout à Malabo : les enseignes, les noms des rues, la cathédrale néogothique de Santa Isabel, les balcons de bois des maisons coloniales, la tortilla au menu à côté du poisson braisé. Puis on lève les yeux, et le Pico Basilé bouche l’horizon : trois mille mètres de volcan qui sortent de la mer.
Le pays est en deux morceaux. L’île de Bioko, au nord, face au Cameroun, porte Malabo, le volcan, les forêts de brume et les plages à tortues ; le Río Muni, sur le continent, porte Bata, la plus grande ville, les villages fang et la forêt de Monte Alén ; et tout au sud, seule dans l’hémisphère austral, la petite Annobón. Ce carnet suit cet ordre, de l’île-volcan à la forêt, dans un pays où le voyageur reste rare et où tout se mérite un peu.
Malabo, une baie dans un cratère
Malabo s’appelait Santa Isabel, et avant cela Clarence, du temps des Britanniques qui y installèrent, au XIXe siècle, une base contre la traite. La ville est posée au bord d’une baie presque ronde, qui est en réalité un ancien cratère envahi par la mer : les falaises sombres qui la ferment en sont le rebord. Le port, les cargos et les plateformes pétrolières au large disent l’économie du pays depuis les années 1990.
Le centre garde son quadrillage colonial : la cathédrale de Santa Isabel, bâtie entre 1897 et 1916, deux flèches claires sur une place ombragée ; des maisons à galeries de bois, parfois restaurées, souvent fatiguées ; le marché central, et la langue pichi, un créole anglais venu de Sierra Leone et du Nigeria, qui se parle dans les rues à côté de l’espagnol et du bubi.
Depuis 2017, les institutions du pays déménagent peu à peu vers Ciudad de la Paz, une capitale neuve dessinée dans la forêt du continent, officiellement capitale depuis 2026. Malabo reste la ville historique, celle où l’on arrive, et la base de tout ce qui suit sur l’île.
Bioko, l’île-volcan
Bioko mesure 2 017 kilomètres carrés, ce qui en fait la quatrième île d’Afrique, à trente-deux kilomètres seulement de la côte camerounaise. Elle appartient à la ligne volcanique du Cameroun, cette chaîne qui va du mont Cameroun aux îles de São Tomé et d’Annobón, et elle est faite de trois volcans boucliers emboîtés. Le plus haut, le Pico Basilé, atteint 3 011 mètres ; il a connu sa dernière éruption en 1923 et son sommet, dans un parc national créé en 2000, se rejoint par une route ; par temps clair, on y voit le mont Cameroun.
La montée traverse une forêt de brume où vivent sept espèces de primates, dont le drill, un grand singe au visage noir et à la croupe colorée, et le colobe roux de Pennant, l’un des plus menacés d’Afrique. Des programmes de protection menés avec des universités américaines suivent ces populations depuis les années 1990 et emploient des gardes dans les villages.
Au sud du volcan, le plateau de Moka, à plus de mille mètres, est le pays des Bubi, le peuple d’origine de l’île, qui y avaient leurs rois : le village porte le nom de l’un d’eux. L’air y est frais, les prairies vertes, les cascades d’Iladyi tombent dans une gorge de forêt, et l’on y part à pied vers la côte sud. Luba, le deuxième port de l’île, à une heure de route de Malabo, garde ses plages et son hôpital colonial.

Ureka, la plage des tortues et de la pluie
La côte sud de Bioko est l’un des endroits les plus arrosés d’Afrique : à Ureka, il tombe près de onze mètres d’eau par an, contre moins de deux à Malabo. La forêt y descend jusqu’au sable noir, les rivières se jettent dans l’océan par des cascades, et les villages se comptent sur les doigts d’une main.
C’est pour les tortues que l’on y va. De novembre à février, quatre espèces viennent pondre sur les plages d’Ureka et de ses voisines : la tortue luth, la plus grande du monde, la tortue verte, la tortue olivâtre et la tortue imbriquée. Des équipes de gardes locaux patrouillent les plages la nuit, comptent les nids et découragent le braconnage ; les visiteurs les accompagnent, dans le noir, sans lampe, et voient une luth de plusieurs centaines de kilos remonter la plage.
On arrive à Ureka par la route qui descend de Luba à travers la réserve scientifique de la caldeira de Luba, ou à pied depuis Moka en une longue journée. Il faut un guide, de bonnes chaussures, une cape de pluie et l’acceptation d’être mouillé.
Arena Blanca, Riaba : sable blanc, sable noir
Sur une île volcanique, les plages sont noires. Arena Blanca, sur la côte ouest, à une demi-heure de Luba, fait exception : une plage de sable clair entre deux pointes de lave, bordée de forêt, qui doit sa réputation à ses papillons, par nuées en saison sèche, et à sa tranquillité : un week-end ordinaire, on y est presque seul.
Riaba, sur la côte est, est l’inverse : un sable noir et brillant, des rouleaux, une petite ville de pêcheurs et un fort espagnol en ruine. Entre les deux, la route fait le tour de l’île par les villages bubi et les plantations de cacao, abandonnées pour beaucoup depuis l’indépendance, dont les arbres sont retournés à la forêt.
Près de Malabo, la zone de Sipopo a été aménagée pour les sommets internationaux : une plage propre, des hôtels, un golf, et peu de monde en dehors des conférences. C’est la plage facile ; les autres demandent une voiture et une journée.

Río Muni : Bata et la forêt de Monte Alén
Le continent commence à Bata, la plus grande ville du pays, posée sur l’Atlantique : une promenade de bord de mer, un port, des avenues larges, et l’énergie d’une ville commerçante où le pays fang, majoritaire, a son centre. De là, les routes neuves filent vers l’intérieur, vers Mongomo et vers la capitale en construction.
Au centre du Río Muni, le parc national de Monte Alén, créé en 1990, couvre 2 000 kilomètres carrés de forêt équatoriale : la plus grande aire protégée du pays, et l’une des plus riches d’Afrique centrale. On y marche avec des pisteurs vers les clairières où passent éléphants de forêt, gorilles et chimpanzés, et l’on y cherche, dans les torrents, la grenouille Goliath, la plus grande du monde, dont la chasse est interdite.
Au large de Bata, l’île de Corisco et les deux Elobey gardent des plages de sable blanc et des villages benga ; Corisco a reçu une piste d’atterrissage, et son lagon reste l’un des plus beaux du golfe de Guinée. L’ensemble se visite en quelques jours depuis Bata, avec un chauffeur et les autorisations nécessaires.

Annobón, l’île du bout du pays
À six cents kilomètres au sud-ouest de Malabo, bien au-delà de São Tomé, Annobón est l’île la plus isolée du pays et la seule de l’hémisphère Sud : dix-sept kilomètres carrés de volcan éteint, un lac de cratère dans la forêt, et quelque cinq mille habitants qui parlent le fa d’ambô, un créole portugais hérité des premiers colons, bien plus que l’espagnol.
La capitale, San Antonio de Palé, est un village de pêcheurs ; la pêche et la forêt font vivre l’île, et les baleines à bosse passent au large en saison. On y va rarement, par un vol ou un bateau irréguliers, et l’on y reste le temps qu’il faut pour que le suivant reparte. C’est l’une des dernières îles de l’Atlantique africain où le voyageur est un événement.
À table, et les règles du voyage
La cuisine mêle le golfe de Guinée et l’Espagne : le pepesup, un bouillon de poisson au piment et aux épices qui se boit brûlant ; le poisson braisé avec des bananes plantains ; le manioc sous toutes ses formes ; les feuilles de manioc à l’arachide. On boit le topé, le vin de palme, et le malamba, une boisson fermentée à la canne à sucre, et, dans les restaurants de Malabo, une bière locale avec une tortilla.
La Guinée équatoriale est un pays où l’on voyage avec des papiers : un visa pour la plupart des nationalités, des autorisations pour certaines zones et pour photographier, l’interdiction stricte de photographier les bâtiments officiels, le port et l’aéroport, des contrôles fréquents sur les routes. Ces règles changent ; notre guide du pays les tient à jour avec les conseils officiels, et il vaut mieux les lire avant de réserver.
La saison sèche sur Bioko va de décembre à février, et c’est aussi celle des tortues ; sur le continent, les pluies sont moins marquées. On arrive à Malabo par des vols depuis Madrid, Paris, Addis-Abeba ou Casablanca, puis à Bata par un vol intérieur d’une heure. Le pays ne reçoit que quelques milliers de visiteurs par an : ceux qui viennent trouvent une Afrique sans foule, et des gens étonnés, puis heureux, qu’on soit venu.
Sources · 10
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